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De l'errance au déclic : parcours type d'une famille accompagnée

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Ce récit est fictif mais construit à partir de dizaines de familles que j’ai accompagnées. Si vous vous y reconnaissez, c’est normal — parce que ce parcours, malheureusement, est celui de la majorité des parents qui arrivent en guidance parentale.

Le début : « C’est un enfant difficile »

Lucas a 4 ans quand la maîtresse de moyenne section convoque ses parents pour la première fois. « Lucas ne tient pas en place. Il tape les autres enfants. Il n’écoute pas les consignes. » Sophie et Marc repartent avec un mélange de honte et d’incompréhension. À la maison, Lucas est vif, curieux, drôle. Certes, les repas sont compliqués et les crises fréquentes — mais « c’est un garçon, c’est l’âge ».

Le médecin traitant est rassurant : « Ça va se calmer. » La belle-mère, moins diplomatique : « De mon temps, on ne faisait pas tant d’histoires. Il a juste besoin de limites. »

Sophie et Marc serrent les dents. Ils lisent des livres de parentalité. Ils essaient la fermeté, puis la douceur, puis la fermeté de nouveau. Rien ne fonctionne durablement.

L’escalade : l’école sonne l’alarme

En CP, la situation explose. Lucas ne reste pas assis. Il perd ses affaires chaque jour. Il se bagarre à la récréation. Les devoirs du soir durent deux heures pour trois lignes de lecture. Sophie pleure dans sa voiture après chaque sortie d’école. Marc s’enferme dans le travail. Le couple s’effrite.

L’enseignante suggère un bilan. Le médecin oriente vers un pédopsychiatre. Délai d’attente : 9 mois. Sophie trouve un CMP — 6 mois d’attente. En attendant, l’école menace une orientation en ULIS. Sophie passe ses nuits sur des forums.

Le diagnostic : soulagement et effondrement

À 7 ans, après un bilan neuropsychologique complet, le verdict tombe : TDAH de type mixte, avec un trouble oppositionnel associé. Sophie pleure — de soulagement cette fois. « Enfin, ce n’est pas ma faute. » Marc, lui, a du mal à accepter. « Mon fils n’est pas malade. »

Le neuropédiatre propose un traitement par méthylphénidate. Marc refuse. Sophie hésite. Ils commencent par des séances d’orthophonie et de psychomotricité. Utile, mais insuffisant. Le quotidien reste un combat.

La découverte de la guidance parentale

C’est l’orthophoniste de Lucas qui prononce les mots « guidance parentale » pour la première fois. Sophie fait des recherches. Elle découvre que ce ne sont pas des séances pour Lucas — mais pour elle et Marc. L’idée la déstabilise d’abord : « C’est nous le problème alors ? »

Non. La guidance parentale ne dit pas que les parents sont le problème. Elle dit que les parents sont le levier de changement le plus puissant. En modifiant leurs réponses aux comportements de Lucas, Sophie et Marc peuvent transformer le quotidien — sans attendre que Lucas « guérisse ».

Le travail : concret, structuré, exigeant

Les premières séances sont consacrées à comprendre le fonctionnement TDAH. Pourquoi Lucas n’obéit pas malgré les punitions. Pourquoi les cris aggravent la situation. Pourquoi la répétition des consignes est normale et nécessaire.

Puis viennent les outils :

  • Le renforcement positif ciblé : féliciter Lucas quand il reste assis 5 minutes, au lieu de le gronder quand il se lève au bout de 3.
  • Le planning visuel : les routines du matin et du soir affichées dans la cuisine.
  • Le temps calme au lieu de la punition : un espace de retrait choisi par Lucas, pas imposé comme une sanction.
  • Les consignes courtes et visuelles : une instruction à la fois. Contact visuel. Validation.

Marc résiste les deux premières semaines. « On récompense les mauvais comportements ? » Non. On récompense les bons — et on ignore stratégiquement les provocations mineures. La nuance est essentielle.

Les résultats : progressifs mais réels

Au bout de six semaines, Sophie note les premiers changements. Les matins sont moins chaotiques. Lucas utilise son timer pour se préparer — et en est fier. Les crises ne disparaissent pas, mais elles sont plus courtes et moins intenses.

Au bout de trois mois, Marc reconnaît : « Je comprends mieux comment il fonctionne. Je crie moins. Et on se dispute moins, Sophie et moi. » Le couple a retrouvé un espace de dialogue.

Lucas, lui, n’a pas changé de cerveau. Il est toujours TDAH. Il oublie toujours ses affaires. Mais il sait maintenant qu’il n’est pas « méchant ». Ses parents le regardent différemment — et ça change tout.

Ce que cette histoire nous apprend

Le parcours de Sophie, Marc et Lucas illustre trois réalités :

  1. L’errance diagnostique en France est encore trop longue. Deux à trois ans en moyenne entre les premiers signaux et le diagnostic.
  2. Les parents ne sont pas le problème — mais ils sont la solution. La guidance parentale leur donne les outils pour devenir acteurs du changement.
  3. Il n’y a pas de baguette magique. Mais des progrès concrets, mesurables, durables sont possibles quand les parents sont formés et soutenus.

Si vous vous reconnaissez dans ce parcours, sachez que le déclic est possible. Quelle que soit l’étape où vous en êtes.

Découvrir le programme

Justine Delmarquette est psychologue clinicienne spécialisée TND depuis 20 ans. Elle accompagne les parents d’enfants TDAH, TOP et TSA en guidance parentale.

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