« Pourquoi il a le droit et pas moi ? » « Tu t’occupes toujours de lui. » « Je déteste mon frère. »
Ces phrases font mal. Et pourtant, elles expriment une réalité : quand un enfant de la famille a un TND, les frères et sœurs portent un poids que les adultes sous-estiment souvent.
Ce que vivent les frères et sœurs
La frustration
L’enfant TND mobilise une grande partie de l’attention parentale. Le frère ou la sœur a l’impression — souvent justifiée — que ses besoins passent en second. Les activités familiales sont annulées à cause d’une crise. Les devoirs sont interrompus. Le calme n’existe pas.
La jalousie
Les aménagements pour l’enfant TND sont perçus comme des privilèges : « Pourquoi il peut utiliser un timer et pas moi ? », « Pourquoi il a des récompenses quand il range sa chambre et moi non ? »
La honte
À l’école, les crises du frère ou de la sœur peuvent être visibles. L’enfant neurotypique a honte — et a honte d’avoir honte.
La parentification
Certains enfants, surtout les aînés, prennent un rôle de « petit parent » : surveiller le frère pendant une crise, expliquer aux copains, traduire pour les adultes. C’est une responsabilité trop lourde.
Ce qui aide
1. Nommer le trouble
Expliquez le TND à la fratrie avec des mots adaptés à l’âge. Pas de jargon, mais une explication honnête :
- 4-6 ans : « Le cerveau de ton frère fonctionne un peu différemment. C’est pour ça qu’il a du mal à se calmer. »
- 7-10 ans : « Il a un TDAH. Ça veut dire que son cerveau a du mal à freiner et à se concentrer. Ce n’est pas de sa faute, et ce n’est pas de la tienne non plus. »
- 11+ ans : on peut expliquer le trouble de façon plus détaillée et répondre aux questions sans tabou
2. Du temps exclusif
Chaque enfant de la fratrie a besoin d’un moment seul avec un parent, sans rapport avec le TND. 20 minutes par semaine suffisent : une balade, un jeu, un goûter. Ce temps dit : « Tu comptes autant. »
3. Valider les émotions
« C’est normal d’être en colère quand ton frère casse ton jouet. » « Tu as le droit de trouver ça injuste. » Ne niez pas ce qu’ils ressentent, même si c’est inconfortable à entendre.
4. Des règles adaptées, pas des passe-droits
Expliquez que les règles sont différentes parce que les besoins sont différents — pas parce que l’un est favori. L’analogie des lunettes fonctionne bien : « On ne met pas de lunettes à quelqu’un qui voit bien. Ce n’est pas un privilège, c’est une aide. »
5. Un espace à soi
Si possible, un espace physique où le frère ou la sœur peut se retirer quand la tension monte. Pas une punition — un refuge.
Les signaux d’alerte chez la fratrie
Consultez si vous observez :
- Un repli sur soi inhabituel
- Des troubles du sommeil ou de l’alimentation
- Une agressivité nouvelle envers l’enfant TND ou envers vous
- Des résultats scolaires qui chutent
- Des plaintes somatiques (maux de ventre, maux de tête)
Ces signes indiquent que l’enfant souffre de la situation et a besoin d’un espace pour en parler.
Le groupe fratrie
Certaines associations proposent des groupes de parole pour la fratrie d’enfants en situation de handicap. Ces espaces permettent à l’enfant de rencontrer d’autres enfants qui vivent la même chose. C’est souvent un soulagement immense de découvrir qu’on n’est pas seul.
Le module 7 du Pack Accompagnement TND Expert aborde la gestion de la fratrie avec des outils concrets. Découvrir le programme.
Justine Delmarquette est psychologue clinicienne spécialisée TND depuis 20 ans. Elle accompagne les parents d’enfants TDAH, TOP et TSA en guidance parentale.