Le mot est tombé dans un bureau médical. TDAH. Autisme. Trouble oppositionnel. Dyspraxie. Peu importe le terme exact — ce que vous avez entendu, c’est que votre enfant est différent. Et quelque chose s’est effondré en vous.
Ce que vous traversez après l’annonce d’un diagnostic TND ressemble au processus de deuil décrit par Kübler-Ross. Non pas le deuil de votre enfant — il est là, bien vivant — mais le deuil de l’enfant imaginé. Celui qui aurait suivi le parcours « normal ». Cette distinction est essentielle : vous n’êtes pas en train de perdre votre enfant, vous êtes en train de réajuster l’image que vous aviez de son avenir.
Les cinq étapes — non linéaires
Le déni
« Ce n’est pas possible, il est juste un peu agité. » « Le médecin exagère. » Le déni est une protection psychique légitime. Le cerveau a besoin de temps pour intégrer une information qui remet en question des croyances profondes. Mais s’il dure trop longtemps, il retarde la mise en place des aides dont votre enfant a besoin maintenant.
La colère
Elle peut se diriger partout : contre le système scolaire qui n’a rien vu, contre le médecin qui a posé le diagnostic, contre votre conjoint qui réagit différemment, contre vous-même. « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? » Cette question, pratiquement tous les parents me la posent. La réponse est toujours la même : rien. Les TND sont neurodéveloppementaux. Ils ne sont causés ni par l’éducation ni par le manque d’amour.
La négociation
« Si on change d’école, ça ira mieux. » « Si on arrête les écrans, le TDAH va disparaître. » La négociation est une tentative de reprendre le contrôle. Elle n’est pas inutile — certains aménagements améliorent effectivement le quotidien — mais elle devient problématique quand elle sert à éviter l’acceptation du trouble lui-même.
La tristesse
C’est l’étape que beaucoup de parents traversent en silence. La tristesse de voir votre enfant en difficulté. La fatigue de devoir toujours expliquer, toujours justifier, toujours se battre. Le sentiment d’isolement quand votre entourage minimise. Cette tristesse est légitime. Elle a besoin d’être entendue, pas combattue.
L’acceptation
L’acceptation n’est pas la résignation. En thérapie ACT, nous faisons une distinction fondamentale entre les deux. Se résigner, c’est baisser les bras. Accepter, c’est reconnaître la réalité telle qu’elle est — sans renoncer à agir dessus. Votre enfant a un TND. C’est un fait. Ce fait ne définit pas sa valeur, ni la vôtre en tant que parent.
Ce que l’ACT apporte à ce processus
La thérapie d’acceptation et d’engagement offre un cadre particulièrement adapté à cette traversée. Elle ne vous demande pas de « positiver » ni de « relativiser ». Elle vous invite à :
- Observer vos pensées difficiles sans les fuir (« Je suis un mauvais parent ») — ce sont des pensées, pas des vérités
- Identifier vos valeurs : quel parent voulez-vous être, au-delà du diagnostic ?
- Engager des actions alignées sur ces valeurs, même quand c’est inconfortable
Le temps n’est pas linéaire
Ces étapes ne se traversent pas dans l’ordre. Vous pouvez être dans l’acceptation un mardi et replonger dans la colère un mercredi, après une réunion scolaire catastrophique. C’est normal. Le processus n’est pas un escalier — c’est une spirale. Vous repassez par les mêmes étapes, mais à chaque passage, vous les traversez avec un peu plus de recul et de ressources.
Ce qui compte, ce n’est pas d’arriver au bout. C’est d’avancer dans la bonne direction, un pas à la fois.
Justine Delmarquette est psychologue clinicienne spécialisée TND depuis 20 ans. Elle accompagne les parents d’enfants TDAH, TOP et TSA en guidance parentale.